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Jean-Christophe

Citation

« Jean-Christophe s’est constitué le défenseur de la vie intégrale ; c’est pourquoi, homme d’une nation, il devient bientôt citoyen du monde, ‟âme européenne” » (Stefan Zweig)

Date

1904-1912

Légende

Edition de Jean-Christophe dans les Cahiers de la quinzaine (17 vol.)

Presentation

L’œuvre retrace l’existence de Jean-Christophe Krafft, un musicien allemand de génie, depuis sa naissance jusqu’à sa mort.

L’itinéraire du héros devient alors une véritable quête de sagesse : confronté à de nombreuses épreuves (père alcoolique, déceptions amoureuses, découvertes des mensonges de l’art et de la corruption universelle, maladie, mort de ses amis...), il apprend à maitriser ses passions avant d’atteindre l’Harmonie, en accord avec le rythme de la Vie universelle.

Table des matières

Résumé des différents volumes


1. L'Aube.

Dans une petite ville des bords du Rhin, Christophe s'éveille à la vie : premières songeries, premières terreurs, premières émotions musicales. II grandit, entouré (le sa mère Louisa, pauvre cuisinière, de son père Melchior, musicien médiocre et ivrogne, de son grand-père Jean-Michel et de l'oncle Gottfried, bon, timide et rêveur. A sept ans et demi, Christophe donne son premier concert.


2. Le Matin.

Jean-Michel meurt et Christophe souffre cruellement de ce deuil. Melchior s'enfonce dans son vice et Christophe, dont la vocation musicale se confirme, fait vivre son père, sa mère et ses deux frères. Pendant quelques mois il s'exalte pour un camarade, Otto, d'une amitié passionnée où se traduisent les premiers émois de l’adolescence. II est ensuite amoureux d'une jeune fille riche, Minna, qui l'abandonne et le laisse désespéré. Melchior meurt.


3. L’Adolescent.

s'éprend d’une jeune veuve douce et nonchalante, Sabine, qui meurt avant d’avoir été sa maîtresse, et il devient ensuite l'amant d'une jolie fille facile, Ada, dont la bassesse finit par le dégoûter. Il cherche l’oubli dans l'ivrognerie. Son oncle Gottfrief le sauve en le convertissant à sa propreend d’une jeune veuve douce et nonchalante, Sabine, qui meurt avant d’avoir été sa maîtresse, et il devient ensuite l'amant d''une jolie fille facile, Ada, dont la bassesse finit par le dégoûter. Il cherche l’oubli dans l'ivrognerie. Son oncle Gottfrief le sauve en le convertissant à sa propre morale : celle de la bonne volonté.


4. La Révolte.

Devenu un compositeur original, Christophe découvre les mensonges de l'art allemand. Dans une revue d’avant-garde d'inspiration juive, il mène une furieuse campagne contre la musique allemande contemporaine. Bientôt il est évincé de la charge qui le faisait vivre à la cour grand-ducale.

Poursuivi par la calomnie, il doit renoncer à l'amitié d'un couple honnête et bienveillant, les Reinhart. En vain il cherche appui auprès d'un musicien célèbre qu'il admire depuis l'enfance, Hassler. En revanche il trouve chez un vieil homme épris de musique, Schulz, la consolation d'une sympathie enthousiaste. Mais Schulz meurt. L'oncle Gottfried est mort aussi. Isolé, Christophe songe à vivre en France. Il étouffe dans sa patrie. Il a rencontré naguère deux jeunes Françaises une institutrice, Antoinette, et une actrice, Corinne. La Franco l'attire. Sa mère le supplie de rester en Allemagne. Christophe a renoncé à son projet, quand, compromis dans une rixe entre soldats et paysans, il est forcé de fuir et de s'expatrier.


5. La Foire sur la place.

La Foire, c’est l’univers factice que Christophe, écœuré, aperçoit d'abord à Paris. Les Juifs y font la loi. Une corruption universelle, une sottise prétentieuse règnent sur la musique, la littérature, la presse, le théâtre, le monde politique des socialistes bourgeois et des libres-penseurs fanatiques. Christophe, sans s'en aviser, passe à côté de l'amour chaste d’une jeune Italienne, Grazia, qui s'éloigne bientôt. Son mépris pour la Foire lui vaut de solides haines et surtout celle d'un esthète israélite, Lévy-Coeur, son rival dans l'amitié d'une jeune fille riche et frivole, Colette Stevens.

Ridiculisé, mourant de faim, Christophe tombe malade. Soigné par une pauvre voisine, il entrevoit, grâce à elle, le visage de la vraie France. Rétabli, il rencontre enfin un jeune poète qui sera son ami, Olivier Jeannin.


6. Antoinette

Revenant. en arrière, Rolland conte l’histoire mélancolique d'Olivier Jeannin et de sa sœur Antoinette, l’institutrice que Christophe a rencontrée en Allemagne. Enfants heureux, élevés dans une petite ville du Centre, leur père se ruine et se tue. Bientôt leur mère meurt à son tour. Antoinette élève son jeune frère au prix d'efforts et de privations qui ruinent sa santé. Olivier est reçu à l'École Normale. Antoinette meurt. Peu après Olivier rencontre Christophe.


7. Dans la maison

Grâce à Olivier, Christophe découvre une France éprise de liberté, digne de ses traditions mais malade d'individualisme. Dans l'immeuble où vivent les deux amis, les différents types de cette France sont représentés : catholiques, protestants, juifs ; dreyfusards, anti-dreyfusards. La

présence du musicien introduit parmi eux un souffle de sympathie. Mais une crise franco-allemande écarte Christophe de ses voisins. Seul, Olivier se refuse à admettre la guerre et la haine. La menace s'éloigne. La réputation de Christophe s'étend en Europe. Sa mère meurt. Il assiste à ses derniers moments. Il portera en lui cette âme aimante, avec celles de tous les humbles qu'il a connus et qui sont le « cœur du monde ».


8. Les Amies

Olivier épouse une jeune fille romanesque, Jacqueline Langeais, mais son bonheur est éphémère. Coquette et neurasthénique, Jacqueline brouille les deux amis. Christophe a conquis la gloire. Une liaison avec une actrice, Françoise Oudon, l'amitié d'une musicienne, Cécile Fleury, et celle d'une femme douce, résignée à une vie médiocre, Mme Arnaud, ne lui font pas oublier Olivier. Celui-ci vient le rejoindre, confiant son enfant à Cécile, car Jacqueline s’est enfuie avec un amant. Christophe découvre la bienfaitrice inconnue qui, plusieurs fois, favorisa mystérieusement sa carrière : c’est Grazia, mariée à un diplomate autrichien. Christophe s'éprend d’elle, qui n'a plus pour lui que de l'amitié. Mais Grazia et son mari quittent Paris pour l'Amérique.


9. Le Buisson ardent.

Christophe et Olivier, au contact des ouvriers qui vivent autour d'eux, se familiarisent avec le problème social. Sans s’inféoder à une organisation révolutionnaire, tous deux se rangent du côté des opprimés. Olivier inspire à un jeune ouvrier infirme, Emmanuel, une amitié admirative et ardente. Un 1er mai, au cours d'une échauffourée, Olivier est tué et Christophe tue un agent de police. Il se réfugie en Suisse. Accablé de chagrin, il est recueilli par un ami, Erich Braun. La femme de celui-ci, Anna, semble une puritaine au cœur sec. Mais sous cette apparents austérité se cache un tempérament sensuel et violent. Elle devient la maîtresse de Christophe. Tous doux songent au suicide. Christophe s'enfuit dans la montagne. Le remords, le désespoir lui forgent une âme nouvelle. Il sort de l'épreuve grandi et purifié.


10. La Nouvelle journée.

Christophe vieillit dans une gloire qui lui devient de plus en plus indifférente, comme lui sont indifférentes les attaques des jeunes artistes dont la génération se dresse contre la sienne. Témoin compréhensif du renouveau catholique et de la montée des nationalismes, présage certain d’une guerre européenne, ses dernières années sont rassérénées par l’amitié d'Emmanuel et par la tendresse de Grazia, veuve et mère de deux enfants, Lionello et Aurora. La jalousie de Lionello empêche le mariage de Christophe et de Grazia. Celle-ci meurt et se joint au chœur des disparus que Christophe porte en lui. Christophe lui-même, après avoir uni le fils d'Olivier et la fille de Grazia, rend à Dieu son âme vaillante prête à renaître pour de nouveaux combats.

Analyse

Ecrit en 1913, mais publié quelques années plus tard, en 1919, dans un contexte bien différent, après les drames de la guerre, les polémiques,  et le prix Nobel de littérature, Colas Breugnon s’inscrit  dans l’histoire familiale, personnelle, de Romain Rolland lui-même, qu’il a évoquée dans le chapitre sur « L’arbre » de son autobiographie, Le Voyage intérieur (1942). 

Ce roman à la structure originale se présente comme un journal intime qui embrasse à la fois une année complète de la Chandeleur (février) à l’Épiphanie (janvier), et une vie entière avec ses joies et ses drames. Cette autobiographie fictive relève en partie d’un genre,  le roman historique, toujours populaire, notamment quand il se déroule au début du XVIIe siècle, sous Henri IV, Louis XIII, la Fronde et, à cet égard, Colas Breugnon a sa place dans l’imaginaire collectif de la France.  Une comparaison s’impose également avec d’autres œuvres contemporaines comme Nono (1910) et Le Vieux Garain (1913) de Gaston Roupnel, mais aussi avec l’autre roman de Clamecy, Mon oncle Benjamin de Claude Tillier (1843), lointain mais probable modèle du livre, et exemple d’irrévérence. 

Un des traits frappants de Colas Breugnon – cette chronique de « libre gaieté gauloise »   est l’invention de sa langue, qui exploite un certain parler rural et n’écarte pas les mots du dialecte nivernais, mais qui associe cette liberté linguistique retrouvée à une langue savante, très construite,  qui s’inspire largement de la culture littéraire de cette période, avec de multiples emprunts à Plutarque, traduit par Jacques Amyot, à Montaigne et surtout à Rabelais, dont le protagoniste partage le culte de la « dive bouteille » et de la bonne chère. C’est toute une culture orale, de proverbes, de comptines, de chants, de tournures, que Rolland, en historien du peuple, intègre à une langue de haute culture. L’étude approfondie de ces allusions et de ces références (engagée dès 1980 par le prof. Duchatelet) montre aussi à quel point l’œuvre se déploie volontairement dans un territoire bien identifié, dans un terroir, dans une petite patrie (Clamecy et les alentours), un enracinement en Bourgogne qui  soutient l’ambition intellectuelle et la portée politique du récit.

L’historien ne manque pas de s’interroger sur la justesse de l’image que Rolland donne de la religion et de la « croyance » au début du XVIIe siècle, entre satire légèrement anticléricale – « la messe du curé » – et religiosité panthéiste, dionysiaque – « la messe des champs » –. D’une manière générale, ce roman se veut le roman de la liberté revendiquée, dans les domaines de la religion et de la politique, mais aussi de la littérature et de la culture : c’est le roman de l’esprit frondeur et de la confrontation séculaire entre le « peuple » et les puissants. Malgré la part faite à la guerre, à la violence, aux malheurs du temps, il se présente comme une anticipation ironique et presque enjouée de la Révolution française et de l’émancipation démocratique : « Nous n’avons plus de chefs. – Soyez-les ». Aussi est-ce peut-être la notion de carnavalesque, au sens de Michaël Bakhtine, qui apporte le bon éclairage sur cette œuvre.

Éditions

Édition des Cahiers de la quinzaine (1904-1912)


Première partie (6 cahiers) : Jean-Christophe

• L’Aube. 5e série, 9e cahier (2 février 1904)

• Le Matin. 5e série. 10e cahier (16 février 1904)

• L’Adolescent. 6e série, 8e cahier (10 janvier 1905)

Repris dans : Jean-Christophe I, L’Aube - II, Le Matin - III, L’Adolescent - Ollendorff, 3 vol., 1905.

• La Révolte

1. Sables mouvants. 8e série, 4e cahier (13 novembre 1906)

2. L’Enlisement. 8e série, 6e cahier (11 décembre 1906)

3. La Délivrance. 8e série, 9e cahier (2 janvier 1907)

Repris dans Jean-Christophe IV, La Révolte, Ollendorff, 1 vol., 1907.


Deuxième partie : Jean-Christophe à Paris (5 cahiers) :

1. La Foire sur la place. 9e série, 13e et 14e cahiers (17, 24 mars 1908)

2. Antoinette. 9e série, 15e cahier (31 mars 1908)

Repris dans Jean-Christophe à Paris I, La Foire sur la Place - Jean-Christophe à Paris II, Antoinette, Ollendorff, 2 vol., 1908.

3. Dans la maison. 10e série, 9e and 10e cahiers (16, 23 février 1909).

Repris dans Jean-Christophe à Paris III, Dans la Maison, Ollendorff, 1 vol., 1909.


Troisième partie : La Fin du voyage (6 cahiers).

1. Les Amies. 11e série, 7e and 8e cahiers (25 janvier, 8 février 1910)

Repris dans Jean-Christophe, La Fin du Voyage I, Les Amies, Ollendorff, 1 vol., n.d. « Ouvrage couronné par l’Académie française ».

2. Le Buisson ardent. 13e série, 5e et 6e cahiers (31 octobre, 7 novembre 1911)

Repris dans Jean-Christophe, La Fin du Voyage II, Le Buisson ardent, Ollendorff, 1 vol., n.d.

3. La Nouvelle journée. 14e série, 2e et 3e cahiers (6, 20 octobre 1912)

Repris dans Jean-Christophe, La Fin du Voyage III, La Nouvelle journée, Ollendorff, 1 vol., n.d.

Note : L’édition Ollendorff (1904-1912) parait concomitamment à celle des Cahiers et comprend 10 volumes.


Autres éditions Ollendorff et Albin Michel

• Nouvelle édition, 4 vol., [1921-1922], Ollendorff :

- L’Aube, Le Matin, L’Adolescent

- La Révolte, la Foire sur la place

- Antoinette, Dans la maison, Les Amies,

- Le Buisson ardent. La Nouvelle journée

• A. Michel, 1923-1929. 10 volumes.

• Édition définitive, 5 vol., « Œuvres complètes », A. Michel, 1931-1933.

- L’Aube, Le Matin,

- L’Adolescent, La Révolte,

- Dialogue de l’auteur avec son ombre, La Foire sur la place, Antoinette

- Dans la maison, Les Amies,

- Le Buisson ardent. La Nouvelle journée

• Édition intégrale, 1 vol., A. Michel, 1948.

• Édition définitive, 1 vol., A. Michel, 1966, 2007.

Articles


  • Gaston Deschamps, « Jean-Christophe », Le Temps, 10 décembre 1905.

  • « Tolstoy, M. Romain Rolland et Mme Wanda Landowska », Mercure de France, 1er décembre 1910.

  • Henri Bachelin : « Romain Rolland », La Tribune, 19 novembre 1912.





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