
Présentation
AUTOBIOGRAPHIE
L'intérêt pour l'oeuvre de l'écrivain s'est déplacé au fil du temps. Après Jean-Christophe, la critique s'est intéressée au théâtre et ensuite à la pensée politique de Romain Rolland. C'est vers un écrivain plus intime que se tournent aujourd'hui critiques et lecteurs. L'édition du Journal de Vézelay a mis en évidence la position de l'écrivain pendant la Seconde guerre, rendant son portrait complexe et nuancé. Qu'est devenu l'auteur des "vies illustres"?

Journal
Couverture de l’éd. du Journal de Vézelay, Bartillat, 2012
« On n’y doit point chercher ma vraie pensée durable, mais l’impression d’une heure. Il ne faut jamais oublier, si plus tard on l’étudie, que ces notes, écrites pour moi seul, étaient un Memento moral, dont je me réservais de vérifier, dans une période plus calme, la justesse ou l’erreur, et de redresser les jugements calme et plus mûre, les jugements provisoires, les prévisions, les soupçons, − et de modifier ou d’annuler les conclusions." (Le Voyage intérieur)
Dès l’âge de seize ans, en 1882, Romain Rolland consigne ses pensées dans de petits carnets (117 au total), dont une grande partie a été conservée et microfilmée. Un tiers d’entre eux, couvrant les années des deux guerres mondiales, est déposé à la Bibliothèque universitaire de Bâle ; les 78 autres sont conservés à la Bibliothèque nationale de France.
Si ce journal devait un jour être publié dans son intégralité, il constituerait un ensemble d’environ 15 000 pages. Pour la période allant jusqu’en 1902, Rolland en a lui-même extrait de nombreux passages, qu’il a regroupés sous les titres Notes des temps passés (jusqu’en 1893) et Journal intime, extraits (1893-1902).
Parmi ces extraits :
-
les années passées à l’École normale (1886-1889) ont été publiées presque intégralement en 1952 sous le titre Le Cloître de la rue d’Ulm ;
-
les années 1889-1891 dans Carnets d’Italie ;
-
les années 1912-1913 dans De Jean-Christophe à Colas Breugnon ;
-
les années 1914-1919 dans Journal des années de guerre ;
-
les années 1938-1944 dans Journal de Vézelay ;
-
le recueil Inde 1915-1943 reprend les pages du journal consacrées aux relations indiennes de Romain Rolland.
D’autres fragments ont également été publiés dans divers Cahiers Romain Rolland ainsi que dans plusieurs revues.

Correspondances
Ed. du t.3 de la Correspondance Rolland-Zweig, Albin Michel, 2016
« De son écriture ferme et élancée, qui s’envolait par grands coups d'ailes réguliers, comme un oiseau sûr de son chemin, surgit Annette. » (Romain Rolland, L’Âme enchantée).
Romain Rolland accordait une grande importance à sa correspondance, qu’il considérait comme un moyen privilégié de mieux se connaître. Une partie de ses lettres a été réunie par Marie Rolland et publiée chez Albin Michel dans la collection des Cahiers Romain Rolland. Cette correspondance constitue une source précieuse pour comprendre à la fois l’homme et l’écrivain.
Certaines correspondances prennent la forme de véritables récits, comme celles échangées avec Louis Gillet. D’autres se distinguent par leur régularité et leur caractère intime, notamment avec Sofia Bertolini ou Alphonse de Châteaubriant. Toujours soucieux de préserver son indépendance intellectuelle, Rolland adapte son ton et son discours à chacun de ses interlocuteurs, révélant ainsi des aspects variés de sa personnalité.
L’ensemble de cette correspondance permet de découvrir un homme complexe et multiple, dont la diversité des expressions demeure néanmoins profondément cohérente.

Mémoires
Couverture de l’éd. de 1956 des Mémoires
« Les Mémoires pèsent et jugent. Rolland n’y manifeste aucune indulgence à l’égard de lui-même. C’est une œuvre d’équité. C’est aussi une œuvre de synthèse. À quarante ou cinquante ans de distance, les grandes lignes se détachent, les détails disparaissent. Ce qui fut une jeunesse tourmentée, un combat souvent ténébreux, s’éclaire et prend un sens. »
— Jacques Robichez
Les Mémoires de Romain Rolland sont achevés pour la période de sa jeunesse, couvrant les années 1866 à 1900. Cette première partie a été publiée en 1956, après la mort de l’écrivain. La suite de l’ouvrage, dont le brouillon s’étend jusqu’en 1907, est restée inédite.
Ainsi, les Mémoires offrent principalement un témoignage rétrospectif sur les années de formation de Rolland, tandis que le récit de sa maturité intellectuelle et littéraire demeure inachevé.

Le Voyage intérieur
Couvertures de l'éd. de 1959 du Voyage intérieur
« ...une tentative profondément originale d’autobiographie intellectuelle et morale. [...] Rolland s’abandonne à une divagation odysséenne qui emprunte naturellement ses images au monde des eaux, de la rivière et de la mer. Le tracé du livre se veut sinueux. Il ne circonscrit pas le sujet. Il revient en arrière, se répète et se recoupe. Mais il a, malgré ce mouvement brisé, son unité : une impression dominante comme celles qui nous obsèdent en rêve. [...] Le Voyage est l’histoire d’une libération, d’un cercle rompu. Mais l’âme libérée ne se perd pas. Elle évoque ses morts qu’elle va rejoindre. » (J. Robichez)
Publié en 1942, Le Voyage intérieur se présente ainsi comme une œuvre autobiographique singulière, moins soucieuse de retracer chronologiquement une existence que d’explorer le cheminement intérieur, intellectuel et spirituel de son auteur. À travers une écriture libre et méditative, Romain Rolland y poursuit une réflexion sur lui-même, sur son passé et sur le sens de son parcours.
Le Voyage intérieur a d’abord été publié en 1942. Une seconde édition, augmentée et remaniée, paraît en 1959. Dans cette version, l’ouvrage se présente sous une forme fragmentaire, mêlant neuf chapitres achevés à des chapitres inachevés, des esquisses et des notes préparatoires.
Cette structure témoigne du caractère profondément introspectif de l’œuvre. Plus qu’un récit autobiographique continu, Le Voyage intérieur apparaît comme une exploration de la vie intérieure de Romain Rolland, où se côtoient souvenirs, réflexions, méditations et fragments de pensée.