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Le temps viendra

Date

1903

Résumé

Le Temps viendra (1903) est une pièce engagée de Romain   Rolland qui explore les horreurs de la guerre des Boers (1899-1902) à travers un prisme universel : la   déchéance morale de l'Europe coloniale. En mettant en scène des personnages   complexes, des Britanniques aux Boers, Rolland dépeint un conflit où l'hypocrisie, la brutalité et l'absurdité  dominante.


Acte I

Scène 1 : L'entrée des Britanniques à Christburg

Les femmes boers, dont Debora Erasmus de Witt et sa belle-mère Noëmi,   observent avec angoisse l’arrivée des troupes britanniques dans leur ville.   Elles expriment leur haine et leur foi en Dieu, espérant un miracle pour les   sauver. Lord Clifford, le général britannique, entre dans la maison de Debora   et tente de se montrer courtois, mais elle le rejette avec mépris. Clifford,   marqué par la mort récente de son fils et de sa femme, est tourmenté par   cette guerre qu’il juge injuste.

Scène 2 : La proclamation et les tensions

Clifford et ses officiers discutent de la manière de gérer la   population locale. Graham, un général impitoyable, pousse pour des mesures   répressives, tandis que Clifford, bien que partagé, tente de maintenir une   apparence d’humanité. Une proclamation est rédigée, mais Clifford la déchire   et impose des mesures brutales : exécution des saboteurs, destruction des   villages complices, et internement des femmes et enfants dans des camps. La   tension monte entre les officiers, notamment avec Lewis-Brown, représentant   des intérêts économiques, qui voit la guerre comme une opportunité pour   exploiter les ressources du pays.

Scène 3 : Le dîner et les contradictions

Lors d’un dîner avec Mrs. Simpson et d’autres officiers,   l’hypocrisie des Britanniques est mise en lumière. Mrs. Simpson, naïve et   paternaliste, voit la guerre comme une mission civilisatrice. Richard Carnby,   un journaliste cynique, glorifie la violence. Clifford, de plus en plus   tourmenté, est confronté à son propre enfant, David, fils de Debora, qui   récite un passage biblique violent, symbolisant la radicalisation des deux   camps.

Acte II

Scène 1 : Aux avant-postes – La brutalité de la guerre

Des soldats britanniques surveillent un camp de prisonniers boers,   dont des femmes et des enfants. Alan, un jeune soldat compatissant, offre son   pain à une femme prisonnière, qui le rejette avec mépris. Les soldats   discutent de la dureté de la guerre et de la haine des Boers. Lawrence et   Clodds observent le camp, où les conditions sont déplorables : famine,   maladies, et mort. Miles, le médecin, critique l’hygiène désastreuse, tandis   que Simpson justifie les camps comme une mesure "humanitaire".

Scène 2 : L’affrontement moral

Clifford arrive au camp et est confronté à la réalité des   souffrances. Il dialogue avec Debora, qui lui demande d’être internée avec   son peuple. Clifford refuse, invoquant son devoir de la protéger, mais Debora   rejette cette protection, préférant partager le sort de son peuple. Leur   échange révèle la culpabilité de Clifford et sa lutte intérieure entre son   devoir militaire et son humanité.

Scène 3 : La trahison et la colère

Lewis-Brown arrive pour exiger que Clifford envoie des soldats sauver   les mines de Guld-Fontein, menacées par une inondation. Clifford, excédé,   refuse catégoriquement, accusant Lewis-Brown et les spéculateurs d’avoir   déclenché cette guerre pour des intérêts économiques. Il menace de   démissionner si on lui donne des ordres contraires à sa conscience.

Scène 4 : La nuit avant la bataille

Les soldats, dont Owen et Alan, discutent de la guerre et de leur   lassitude. Alan, tourmenté, pressent un désastre. Owen, plus philosophique,   accepte la souffrance comme partie de la vie. La scène se termine sur une   note mélancolique, avec les soldats observant les feux ennemis au loin.

Scène 5 : La désobéissance d’Owen

Owen, un soldat idéaliste, refuse de combattre, déclarant qu’il ne   veut plus tuer. Clifford, furieux, le condamne à mort, mais Owen reste ferme   dans sa décision. La scène montre la crise morale au sein de l’armée   britannique.

Acte III

Scène 1 : La veille de la bataille décisive

Clifford, de plus en plus instable, prépare une bataille décisive   contre les Boers. Il avoue à Miles son désespoir et sa fatigue morale, allant   jusqu’à lui demander de le tuer s’il faiblit. Les officiers célébrent leur   future victoire, tandis que Clifford, rongé par le remords, boit pour   oublier.

Scène 2 : L’arrestation d’Owen et la tension extrême

Owen est arrêté pour avoir refusé de combattre. Clifford, dans un   état de surexcitation, lui reproche sa désobéissance, mais Owen reste calme,   affirmant qu’il ne peut plus participer à cette violence. Clifford, déchiré,   finit par ordonner sa fusillade, mais Owen refuse de fuir, préférant mourir   plutôt que de trahir ses principes.

Scène 3 : La bataille et la chute de Clifford

Les Boers, piégés, tentent une dernière résistance. Le président de   la République africaine, capturé, refuse de capituler, affirmant que son   peuple se bat pour Dieu. Clifford, dans un moment de faiblesse, est abattu   par David, l’enfant de Debora, qui a pris une arme sans comprendre pleinement   son geste. Clifford, blessé à mort, pardonne à l’enfant et meurt en   reconnaissant l’absurdité de la guerre.

Scène 4 : L’épilogue tragique

Les Boers, vaincus, sont alignés pour être fusillés. Debora,   horrifiée par le geste de son fils, se jette dans une citerne pour se   suicider. Graham prend le commandement et ordonne l’exécution des   prisonniers. Owen, toujours calme, marche vers son sort en citant une   prophétie de paix future : « Le temps viendra... ». La pièce se termine sur   une note désespérée, mais avec l’espoir lointain d’un monde meilleur.

Personnages

Personnages britanniques


Lord Clifford, Feld-maréchal, 60 ans.

Homme complexe, tourmenté par la guerre et rongé par la culpabilité.   Veuf récent (sa femme et son fils sont morts de maladie), il incarne le   conflit entre le devoir militaire et l’humanité. Bien qu’il cherche à   maintenir une apparence de modération, il finit par ordonner des mesures   brutales, poussé par les circonstances et la pression de ses supérieurs. Son   évolution montre la déchéance morale d’un homme qui, malgré ses remords,   reste prisonnier de son rôle.

Sir Thomas Miles, Chirurgien-major, 65 ans.

Médecin pragmatique et cynique, il représente la rationalité froide   face à la guerre. Bien qu’il critique parfois les excès, il justifie souvent   la violence au nom de la nécessité. Ami proche de Clifford, il tente de le   raisonner, mais sans succès. Son réalisme contraste avec l’idéalisme d’autres   personnages.

Graham, Général, 55 ans

Militaire impitoyable, il incarne la brutalité et l’efficacité sans   scrupules. Il pousse pour des mesures radicales (exécutions, destruction des   villages) et méprise la modération de Clifford. Pour lui, la guerre doit être   menée sans pitié pour être gagnée rapidement. Il symbolise l’approche   coloniale brutale.

Simpson, Colonel, 55 ans

Officier pragmatique, il justifie les camps de concentration comme   une mesure "humanitaire" pour protéger les femmes et enfants boers.   Il incarne l’hypocrisie des colons, qui se présentent comme civilisateurs   tout en commettant des atrocités.

Mrs. Isabel Simpson, 45 ans

Épouse du colonel Simpson, elle représente le paternalisme colonial.   Naïve et enthousiaste, elle voit la guerre comme une mission civilisatrice et   religieuse. Son optimisme aveugle et son mépris des Boers contrastent avec la   souffrance réelle des populations locales.

Sir Lewis-Brown, 50 ans

Représentant des intérêts économiques (la Compagnie minière), il   symbolise l’exploitation capitaliste liée à la guerre. Cynique et   manipulateur, il pousse Clifford à protéger les mines, montrant que la guerre   est aussi une affaire de profits.

Richard Carnby, reporter, 35 ans

Journaliste cynique et provocateur, il glorifie la violence et voit   la guerre comme un spectacle. Son discours sanguinaire et son mépris pour les   Boers reflètent le soutien de certains intellectuels à l’impérialisme.

Lawrence, aide de camp de Clifford, 25-30 ans

Jeune officier idéaliste, il croit encore à la mission civilisatrice   de l’Angleterre. Il est souvent en désaccord avec les méthodes brutales de   Graham, mais reste loyal à Clifford.

Clodds, aide de camp de Clifford, 25-30 ans

Plus pragmatique que Lawrence, il suit les ordres sans trop de   questions. Il incarne l’obéissance militaire aveugle.

Owen, soldat, 20 ans

Jeune soldat idéaliste et sensible, il refuse de combattre,   incapable de supporter la souffrance qu’il inflige. Son refus de tuer symbolise   la rébellion morale contre la guerre. Il est finalement condamné à mort pour   désobéissance.

Alan, soldat, 20 ans

Jeune soldat compatissant, il est marqué par la guerre et la mort.   Il offre son pain à une prisonnière boer, montrant une humanité rare parmi   les soldats. Sa mort tragique (tué en combat) souligne l’absurdité de la   guerre.


Personnages boers


Debora Erasmus de Witt, 35 ans

Femme forte et fière, elle incarne la résistance et la foi   inébranlable des Boers. Elle hait les Britanniques mais reste digne face à   Clifford. Son amour pour son peuple et sa foi en Dieu la poussent à refuser   toute compromission. Son désespoir final, après que son fils David ait tiré   sur Clifford, montre la tragédie de la guerre.

Noëmi de Witt, 65 ans

Belle-mère de Debora, elle est une figure religieuse et prophétique.   Elle cite la Bible pour encourager la résistance et voit la guerre comme une   épreuve divine. Son fanatisme contraste avec le pragmatisme des Britanniques.

David, 6 ans

Fils de Debora, il est un symbole d’innocence corrompue par la   guerre. Son geste impulsif (tirer sur Clifford) montre comment la violence   déforme même les enfants. Son éducation religieuse et son exposition à la   haine le transforment en instrument de vengeance.

Le Président de la République africaine, 70 ans.

Vieillard têtu et fanatique, il refuse de capituler, affirmant que   son peuple se bat pour Dieu. Il incarne la résistance jusqu’au bout, même   face à la défaite totale. Son stoïcisme et sa foi inébranlable en font une   figure tragique.

Le prisonnier italien, jeune homme, 20-25 ans.

Idéaliste et révolutionnaire, il combat pour les Boers par   conviction, voyant leur lutte comme une cause universelle de justice. Son   dialogue avec Clifford révèle le contraste entre la jeunesse idéaliste et l’expérience   désillusionnée.

Analyse


La pièce s’articule autour de trois axes majeurs : tout d’abord la déshumanisation par la guerre : Les camps de concentration, les exécutions   sommaires et la famine imposée aux civils boers révèlent la barbarie d’un   empire se prétendant "civilisateur". Clifford incarne cette contradiction : il oscille entre pitié et cruauté, illustrant comment le pouvoir corrompt même les âmes les plus nuancées. Second   axe : le choc des idéologies : Rolland oppose l’impérialisme britannique  (représenté par Graham, Lewis-Brown ou Carnby, pour qui la guerre est un outil de domination économique et raciale) à la résistance boer, portée par Debora et le Président, qui puisent leur force dans la foi et l’identité nationale. Pourtant, aucun camp n’est idéalisé : les Boers, bien que victimes, basculent parfois dans un fanatisme religieux tout aussi destructeur. Enfin, troisième et dernier axe : la quête de sens dans l’absurde : des personnages comme Owen (le soldat déserteur) ou Alan (le   jeune idéaliste) symbolisent l’impossible rédemption dans un monde où la violence est systémique. Leur mort tragique souligne l’impuissance de l’individu face à la machine de guerre. La fin, avec la citation biblique d’Owen ("Le temps viendra..."), offre une lueur d’espoir : la paix   est possible, mais au prix d’une prise de conscience collective.

Rolland utilise le théâtre comme arme politique. Les dialogues percutants (comme ceux entre Clifford et Debora) révèlent les mécanismes de la propagande et la manipulation du langage (les proclamations "humanitaires" de Simpson masquant des crimes). La pièce, écrite en pleine guerre des Boers, est une accusation sans appel contre le colonialisme, mais aussi une réflexion sur la responsabilité individuelle dans un système injuste.

Le Temps viendra est bien plus qu’un drame historique : c’est un miroir tendu à l’Europe, où Rolland, pacifiste avant l’heure, montre que la vraie défaite est celle de l’humanité tout entière.

Articles

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Éditions

- Le temps viendra, Cahiers de la quinzaine, 1903 (4e série, 14e Cahier)

Bibliographie

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