Le théâtre du peuple

Citation
« Le Théâtre populaire est la clef d’un monde d’art nouveau, que l’art commence à peine à entrevoir. Nous arrivons à une croisée de routes, presque toutes inexplorées ; à peine quelques esprits se sont-ils aventurés sur quelques-unes d’entre elles. L’instinct du peuple aurait dû cependant guider les artistes ; il parlait franchement ; ses préférences n’étaient point douteuses. Mais qui se serait soucié, parmi les artistes, des préférences du peuple ? Il leur eût semblé méprisable de ne le point mépriser. Sots parvenus, qui rougissent de la rusticité des parents, dont la sève fait taule leur force ! »
Date
1903
Table des matières
Avertissement
Introduction
Le Peuple et le Théâtre
PREMIÈRE PARTIE
Le théâtre du passé
I. – Molière.
II.− La tragédie classique. Racine. Corneille.
III. − Le drame romantique.
IV. − Le théâtre bourgeois.
V.− Le répertoire étranger. Les tragiques grecs. Shakespeare. Schiller. Wagner.
Sophocle ; Lope et Calderon ; Shakespeare ; Henri de Kleist ; Schiller. Raimund, Azengruber ; Tolstoy et Gorki ; Hauptmann ; Wagner.
VI − Il n’existe dans le passé qu’un répertoire de lectures populaires, non de théâtre populaire. – Les lectures ne suffisent point. Le théâtre est nécessaire.
VII. − L’œuvre des Trente ans de Théâtre et les galas populaires.
DEUXIÈME PARTIE
Le théâtre nouveau.
I. − Les précurseurs du théâtre du peuple : Rousseau, Diderot, la Révolution française, Michelet. − Les premières tentatives de théâtres du peuple. − Le théâtre de Bussang.
Rousseau, lettre à d’Alembert sur les spectacles ; Diderot, paradoxe sur le comédien, deuxième entretien sur le Fils naturel ; les Shakespeariens allemands de la Sturm und Drangperiode, Gerstenberg, Herder, Goethe adolescent ; Louis-Sébastien Mercier, nouvel essai sur l’Art dramatique, nouvel examen de la Tragédie française; Bernardin de Saint-Pierre, treizième Étude de la Nature ; Marie- Joseph-Chénier, Charles IX ; Schiller.
La Révolution française : le théâtre du peuple préconisé par tous les partis ; rapport de David, 11 juillet 1793, pour la fête du 10 août ; 2 août 1793, proposition du comité de Salut public ; adoptée par la Convention, après un discours de Couthon ; décret de la Convention ; novembre 1793, après discours de Marie-Joseph Chénier sur les fêtes populaires, Fabre d’Églantine fait adopter l’idée de créer des théâtres nationaux ; commission spéciale ; Bouquier, plan général d’instruction publique ; pluviôse an II, la Convention répartit cent mille livres ;
12 pluviôse an II, recommandation du comité de Sûreté générale ;
25 pluviôse an II, demande de Boissy d’Anglas à la Convention et au comité d’Instruction ;
20 ventôse an II, arrête du comité du Salut public, véritable charte de fondation du Théâtre du Peuple ;
5 floréal an II, appel du comité de Salut public ;
20 floréal, arrêté ;
27 floréal, appel du Comité, pour assurer un répertoire ;
18 prairial, arrêté, tâche transmise à la commission de l’Instruction publique ;
5 messidor, circulaire de cette commission ; Joseph Payan ;
11 messidor, un arrêté de la commission ; résultats dérisoires ;
Michelet, leçons aux étudiants ;
Le Volkstheater à Vienne ;
à Berlin le Schiller Theater ; deuxième théâtre Schiller ;
à Bruxelles, section d’art de la Maison du Peuple s’unit au Toekomst ;
à Gand le Vooruit ;
en Suisse ;
en France, le Théâtre du Peuple de Maurice Pottecher à Bussang ; Louis Lumet, et le Théâtre civique; en Poitou, théâtre populaire de M. Pierre Corneille ; en Bretagne ; représentations de Nîmes, de Béziers, d’Orange; Nancy, Lille, pays basque, Universités populaires, Émancipation du quinzième, Coopération idées ; la Revue d’art dramatique, projet d’un congrès international de théâtre populaire, projet d’une enquête, lettre au ministère de l’instruction publique, concours, le travail d’Eugène Morel, projet de théâtres populaires ; Danton au Théâtre civique, précédé d’un discours de Jaurès ; le 14 Juillet, action populaire, à la Renaissance-Gémier ; à la Chambre, dans le rapport de M. Couyba, pour le budget des beaux-arts en 1902, et dans son discours du 5 mars 1902 ;
La Coopération des Idées ; le Théâtre populaire de M. Berny à Belleville ; le Théâtre du Peuple de M. Beaulieu à Clichy ; M. Camille de Sainte-Croix propose de former un groupe de quatre grands théâtres populaires parisiens, projet qui sera présenté au Conseil municipal par M. Turot et à la Chambre par M. Sembat ;
Les campagnes de presse.
II. − Le théâtre nouveau. − Conditions matérielles et morales.
Le projet d’Eugène Morel ; la première condition d’un théâtre populaire, c’est d’être un délassement ; que le théâtre soit une source d’énergie, c’est la seconde loi ; le théâtre doit être une lumière pour l’intelligence ; avec ces conditions morales, plusieurs conditions matérielles, architecture de la salle, organisation de la scène, les décors ; les acteurs ; Grétry, essai sur la musique ; le théâtre du peuple pour et par le peuple. Ébauche d’un art dramatique nouveau.
III. − Quelques genres de théâtre populaire. − Le mélodrame.
Souci d’émotions variées ; souci de réalisme vrai ; souci de moralité simple ; souci de probité commerciale.
IV. − L’épopée historique
Shakespeare. − Épopées françaises vécues ; Vitet ; histoire nationale et histoire universelle.
V. – De quelques autres genres. − Drame social. −Drame rustique. – Cirque.
TROISIÈME PARTIE
Au delà du théâtre.
Les fêtes du peuple. − Conclusion.
Rousseau ; Mirabeau, discours de l’organisation des fêtes nationales ; un rapport de Talleyrand ; 11 juillet 1798, David, rapport et décret sur la fête de la réunion républicaine du 10 août ; du même, autres projets de fêtes ; Marie-Joseph Chénier, discours à la Convention, 15 brumaire an II ; Danton, 6 frimaire ; Anacharsis Cloots ; Condorcet ; Lakanal ; Robespierre, discours du 18 floréal an II sur les rapports des idées religieuses et morales avec les principes républicains et sur les Fêtes nationales ; décrets ; 20 prairial, fête de l’Être Suprême ; messidor, fête du 14 Juillet ; 11 et 13 messidor, arrêté de la commission d’instruction publique et du comité de Salut public, interdisant aux théâtres la reproduction de ces fêtes ; les Fédérations ;
Conclusion.
DOCUMENTS
I. −Textes de le Révolution relatifs aux théâtres et aux fêtes du peuple.
Séances de la Convention nationale du 2 août 1793, président Danton ; décret.
Discours prononcé à la Convention nationale par Marie-Joseph Chénier, député du département de Seine-et-Oise, le 15 brumaire an II, − 5 novembre 1793.
Rapport et projet de décret formant un plan général d’instruction publique, par G. Bouquier, membre de la Convention nationale et du Comité d’instruction, − 11 frimaire an II, − premier décembre 1793 ; − plan général d’instruction publique ; section IV, du dernier degré d’instruction.
Écrit d’Anacharsis Cloots, cultivateur et député du département de l’Oise, − nivôse an II, − décembre 1793.
Séance de la Convention nationale, du 4 pluviôse an II, − 23 janvier 1794, − président Vadier ; décret.
Affiche des spectacles du même jour.
Comité de Salut public. − 20 ventôse an II, − 10 mars 1794.
Comité de Salut public. − 5 floréal an II, − 24 avril 1794.
Séance de la Convention nationale, du 18 floréal an II, − 7 mai 1794, − discours de Robespierre sur les rapports des idées religieuses et morales avec les principes républicains et sur les fêtes nationales.
Dans ce discours, proposition de décret sur les fêtes populaires.
Comité de Salut public. − 21 floréal an II, − 10 mai 1794.
Comité de Salut public. − 25 floréal an II, − 14 mai 1794.
Comité de Salut public. − 27 floréal an II, − 16 mai 1794.
Comité de Salut public. − 18 prairial an II, − 6 juin 1794 ; − arrêté.
Commission d’instruction publique. − 5 messidor an II, − 23 juin 1794 ; − Spectacles.
Commission d’instruction publique. – 11 messidor an II, − 29 juin 1794 ; − Fêtes à l’Être Suprême ; pièces dramatiques ; rapport et arrêté (approuvé par le Comité de Salut public, le 13 messidor).
Commission d’instruction publique. − 19 messidor an II, − 7 juillet 1794. − Rapport et projet d’arrêté au Comité de Salut public pour la fête du 26 messidor, époque anniversaire du 14 Juillet.
Vu et approuvé le 21 messidor.
II. − Plans des fêtes de David.
I. − Rapport et décret sur la fête de la réunion républicaine du 10 août, présenté à la Convention nationale, le 11 juillet 1798.
II − Rapport sur la fête de la reprise de Toulon. − 5 nivôse an II, − 26 décembre 98.
III. − Rapport sur la Fête de l’Être Suprême. − 19 prairial an II, − 7 juin 94.
IV. − Rapport sur la fête de Bara et de Viala. 28 messidor na II, − 11 juillet 94.
III. − Les représentations de mai (maggi) en Toscane.
IV. − Le Théâtre du Peuple de Bussang.
− Textes relatifs aux travaux de la Revue d’art dramatique pour fonder à Paris un théâtre du peuple.
Projet de circulaire rédigé en mars-avril 1899, pour provoquer la réunion d’un Congrès international de théâtre populaire.
Projet de théâtre populaire à Paris.
Le Théâtre populaire de Belleville.
Le Théâtre du Peuple de Clichy.
Le Théâtre du Peuple de Neuvy-sur-Loire (Nièvre).
BIBLIOGRAPHIE.
TABLE
Résumé
Présentation
Publié en 1913, Le Théâtre du peuple. Essai d’esthétique d’un théâtre nouveau est un texte fondamental pour comprendre la pensée de Romain Rolland. Issu d’articles publiés entre 1900 et 1903, il s’inscrit dans le vaste débat sur le théâtre populaire qui anime alors la France et l’Europe.
Rolland se distingue par son regard critique sur les nombreuses initiatives de l’époque. Il estime que certains défenseurs du théâtre populaire poursuivent surtout des intérêts personnels ou commerciaux. Cette réflexion naît aussi de ses propres échecs : ses tentatives de créer un congrès ou un théâtre populaire subventionné n’aboutissent pas, mais nourrissent sa réflexion sur les conditions d’un véritable théâtre du peuple.
Dans le contexte de l’Affaire Dreyfus et de la montée du socialisme, Rolland est convaincu que la bourgeoisie est appelée à céder la place à une société nouvelle. Il attribue alors à l’art une mission sociale : aider le peuple à développer sa propre culture et à prendre conscience de sa dignité. Le théâtre doit devenir un instrument d’émancipation collective.
Pour cela, il faut créer un répertoire nouveau. Les auteurs classiques, le drame romantique ou bourgeois lui paraissent inadaptés aux attentes populaires. Le théâtre du peuple doit également bénéficier de nouvelles conditions matérielles : égalité des places, vaste scène, décors simples et œuvres capables de rassembler sans tomber dans le didactisme.
Parmi les genres possibles, Rolland privilégie l’« épopée historique », qui permet de représenter les grandes forces collectives et de donner au peuple conscience de son rôle dans l’histoire. Inspiré par Rousseau et les fêtes révolutionnaires, il imagine aussi des formes artistiques mêlant acteurs et spectateurs dans des célébrations collectives faites de chants, de danses et de cérémonies populaires.
Conscient du caractère parfois utopique de ses projets, Rolland s’inscrit néanmoins dans le mouvement plus large des réformateurs du théâtre de son temps. Son originalité réside surtout dans la force de sa conviction et dans la dimension civique qu’il confère au théâtre. Héritier de Rousseau, de Diderot et de la Révolution française, il voit dans le théâtre un moyen de régénération morale et de communion collective.
Éditions
Cahiers de la quinzaine, 4e cahier de la cinquième série, 24 nov. 1903.